Le TGV via Neuchâtel est-il mort?

Dans le Temps du jour, j’ai pu lire avec plaisir que la société Lyria (qui gère les TGV entre la Suisse et la France) allait investir plus de 100 millions de francs ces prochaines années pour améliorer le confort des voyageurs, les temps de parcours et les cadences.

Malheureusement, en lisant entre les lignes, on peut aussi lire que la ligne entre Berne et Paris via Neuchâtel n’a plus aucun avenir. Elle n’est pas citée dans les dessertes actuelles et surtout, elle n’est pas citée dans les projets futurs. A l’heure actuelle, un TGV entre Berne et Paris via Neuchâtel met 4h32. Dans l’article du Temps, il est expliqué que le trajet entre Berne et Paris sera ramené à quatre heures via Bâle.

Difficile de ne pas lire dans ces informations un possible abandon à court terme de la ligne via Neuchâtel. Je demanderai donc l’avis du Conseil d’Etat lors de la prochaine session du Grand Conseil qui débute mardi. J’espère avoir tort…

Alerte Calimero à l’ETH…

A voir, les chercheurs de l’ETH s’ennuient sec. A tel point qu’ils ont décidé de publier une étude pour se plaindre, pardon, disséquer le coût des recherches sur les OGM en plein air, pardon, plein champ (ça donne moins l’impression d’une possible dissémination). J’ai donc un scoop pour vous : ça-coûte-cher ! Allooooo, Breaking News, flash spécial, noooon, sans blague ! Sauf que, toujours d’après les chercheurs, ce n’est pas de leur faute. Ben oui, ce qui coûte cher à nos chers, pardon, pauvres chercheurs, ce sont les règles de sécurité imposées par l’Etat et… les coûts de sécurité engendrés par le fait que certains n’aiment pas les OGM et les recherches qui sont faites sur le sujet, en particulier en plein air, pardon, plein champ. C’est un peu comme si l’agence française pour l’énergie atomique publiait une étude pour se plaindre, pardon, démontrer que la sécurité autour de la recherche nucléaire coûtait aussi chère que les études elles-mêmes. Ah bon ! Vous êtes sûrs ?

En tout cas, on est rassuré sur une chose : de l’argent de l’Etat pour faire des études débiles, il y en aura toujours…

Monsanto, les Etats-Unis et Wikileaks…

Au sein des fuites de Wikileaks, il y a quelques perles, comme ce message de l’ambassadeur parisien à sa maison mère à Washington. Le câble 07PARIS4723 parle d’OGM et des moyens à mettre en œuvre pour parvenir à les imposer en Europe. Il est daté du 14 décembre 2007 et est classé confidentiel. Il parle de retaliation, de représailles, qui permettraient de « faire comprendre que la voie actuelle [celle de la résistance aux OGM] a un coût réel pour les intérêts de l’Europe. » En clair, nous allons prendre des mesures pour que vous changiez d’avis. Cette demande de représailles aurait été formulée par les pro-biotech qui y voient « la seule manière de commencer de commencer (sic !) à changer les choses. » Voilà pour le résumé.

Même si les faits sont pour les plupart déjà connus, les mots utilisés par les ambassadeurs éclairent d’une manière intéressante le débat. Dans la suite du câble, on apprend diverses choses. D’abord que, ce n’est pas nouveau, les américains se sont visiblement plaints du manque « d’avance » dans ce dossier. Et on lit donc avec intérêt que « le gouvernement français et la commission [européenne] ont suggéré que leurs actions respectives ne doivent pas nous [les américains] alarmer. » A croire que le principe de précaution s’applique aussi en diplomatie et ceci malgré la haine que semble vouer l’ambassadeur à ce principe lorsqu’il est appliqué à l’alimentation : « Il est tout autant dommageable que le gouvernement français se soit apparemment réengagé en faveur du principe de précaution. Sarkozy a publiquement rejeté une recommandation de la commission Attali (avis sur la compétitivité de la France) demandant de se distancier de ce principe. » Merci Jacques… t’es le meilleur.

Le point 6 est gratiné au point où je vous le livre intégralement. « Le Country team Paris [une sorte d’extension de l’ambassade qui défend les intérêts américains à l’étranger, au niveau sécuritaire mais surtout économique] recommande que nous calibrions une liste de représailles qui causent certaines douleurs à travers l’Union Européenne, parce que la responsabilité est collective, mais qui se focalise en partie sur les pires coupables. La liste devrait être mesurée plutôt que vicieuse et doit être soutenable sur le long terme, parce qu’il ne faut pas s’attendre à crier victoire rapidement. » Le langage diplomatique est à la fois fleuri et guerrier et ne prend pas de pincettes pour dire les choses.

Tout ça donne à réfléchir sur le poids des multinationales dans la politique américaine (mais est-ce mieux chez nous ?) Et ce n’est pas fini. Un second câble (09MADRID482) est parti de Madrid en direction toujours du groupe Etats-Unis SA. Il date du 19 mai 2009 et commence plutôt bien : « les plantations espagnoles de blé MON810 [le premier OGM autorisé à l’échelle de l’Union, de Monsanto, et encore un des seuls] sont menacées ». Rien que ça, on dirait presque que c’est la sécurité nationale qui est en jeu… Justement, la suite est incroyable : « Monsanto pense que le mouvement anti-OGM a gagné en importance suite à une entente de fait entre le gouvernement français et Greenpeace/Les amis de la terre, le gouvernement acceptant de soutenir le mouvement anti-OGM en échange duquel [les organisations] ferme les yeux sur les initiatives de Sarkozy en matière d’énergie nucléaire. » Ambiance. Il y a tout à croire que cette entente n’ait jamais existé (Greenpeace dément). Ce qui est pourtant intéressant, c’est la manière dont Monsanto tente ici de discréditer tout le monde d’un coup. Pourquoi l’Espagne ? Parce que c’est le plus gros producteur de MON810 en Europe et que selon le directeur de Monsanto pour l’Espagne et le Portugal « si l’Espagne tombe, le reste de l’Europe va suivre » (et ça va faire mal au portemonnaie). Les arcanes du pouvoir sont passionnantes : un peu plus loin on peut lire que « le vote de l’Espagne [contre des sanctions à l’égard de l’Autriche et de la Hongrie concernant leurs moratoires nationaux sur les OGM] est un geste pour remercier le Président français Sarkozy d’avoir aider à arranger la présence de Zapatero au G-20 de novembre 2008 à Washington. » Merci Sarko ! Au vu de ce qui précède, le câble termine en beauté : « le secrétaire d’Etat [espagnol]  Josep Puxeu a contacté le chargé d’affaire [de l’ambassade] pour demander […] que le gouvernement américain maintienne la pression sur Bruxelles. » Que je comprenne jusqu’au bout. L’Espagne soutient donc les pays qui se prononcent largement en défaveur des OGM pour pouvoir accéder au G-20, mais demande par la bande aux Etats-Unis de faire pression sur Bruxelles à sa place. Ils n’auraient pas pu demander leurs invit’ au G-20 directement aux américains ?

Ce qui est intéressant, c’est finalement la manière dont Washington tente de faire passer les intérêts des entreprises américaines en Europe et ailleurs. L’Etat n’est finalement plus uniquement le garant des droits des citoyennes et citoyens. Il met tout en œuvre pour aider les entreprises privées nationales à étendre leur marché, quitte à employer des méthodes coercitives. Tout au long des deux câbles, on peut lire que la position des pro-OGM et des américains est une position scientifique (« science based »), qui ne souffre d’aucune contradiction (pourquoi refuser des semences Monsanto alors qu’elles sont équivalentes aux autres). Au final, c’est la population européenne, majoritairement opposée aux OGM, qui semble ne rien comprendre à la problématique et c’est la faute aux gouvernements si cette position perdure. Il ne reste donc que la violence (économique) pour aider les gens à changer leur position.

Mise à jour (22/12/2010) : Un câble est également parti du Vatican posant la question des OGM. Selon l’ambassadeur, si le « Conseil scientifique » du Vatican est plutôt favorable aux OGM, ce n’est pas le cas de la hiérarchie, en particulier au sein des Evêques partout dans le monde (L’Evêque d’Afrique du Sud Wilfrid Fox Napier a par exemple soutenu que  « Les africains n’ont pas besoin d’OGM, mais d’eau » ). Le câble termine sur une litanie de taille : « Le poste [l'ambassade] continuera à faire du lobbying auprès du Vatican pour défendre les OGM, avec l’espoir qu’une plus forte voix à Rome encouragera individuellement les chefs de l’église à reconsidérer leur point de vue critique [envers les OGM]. » Fidèles, vous êtes prévenus du contenu du prochain prêche…

Sources :

http://www.wikileaks.ch/cable/2007/12/07PARIS4723.html

http://www.wikileaks.ch/cable/2009/05/09MADRID482.html

http://www.wikileaks.ch/cable/2009/11/09VATICAN119.html

http://ogm.greenpeace.fr/wikileaks-les-ogm-au-menu-des-diplomates-americains-en-europe