Lanceurs d’alerte dans l’administration et les entités autonomisées

Une question posée lors de la dernière session du Grand Conseil, réponse en février [version originale]. Cette question fait suite à une motion Jean Christophe Schwaab déposée au Grand Conseil vaudois.

Ces derniers temps, les lanceurs ou lanceuses d’alerte sont à la mode. Philipp Hildebrand est tombé suite aux révélations sur ses comptes bancaires faites par un informaticien de la banque Sarasin. Wikileaks revient régulièrement sur le devant de la scène médiatique en révélant des secrets d’Etats ou d’entreprises qui montrent souvent des aspects peu reluisants de la diplomatie ou du monde des affaires.

Trop souvent associés à la notion de délation, les lanceurs d’alerte sont importants lorsque leur intervention permet de mettre en évidence des manquements ou des faits légalement répréhensibles. La Confédération l’a reconnu en les protégeant par l’article 22, alinéa 5, de sa loi sur le personnel de la Confédération. Plusieurs cantons ont ou vont faire de même (Vaud, Saint-Gall, Zurich).

Le Conseil d’Etat est prié de répondre aux questions suivantes:

  • Existe-il un mécanisme qui permet aux employé-e-s de révéler des manquements ou délits (autrement que par la fuite médiatique)?
  • Comment et par qui sont traitées ces « alertes »?
  • Existe-il une protection (légale ou administrative) pour ceux qui lancent des alertes?

Le patrimoine de La Chaux-de-Fonds mérite son musée. Maintenant.

Le problème est récurrent, et pénible. Dans une société où les finances priment sur le plaisir, l’émotion, ou parfois même sur les nécessités les plus élémentaires, la place (dé)laissée à la culture se réduit comme peau de chagrin. Dans ce monde financier, il n’est jamais opportun d’investir pour mettre en valeur notre patrimoine, parce que les finances ne vont jamais assez bien ou parce que ce n’est pas une priorité face à d’autres investissements beaucoup plus importants (routes et tuyaux?)

Avec son opposition au projet de rénovation du Musée d’histoire de La Chaux-de-Fonds, l’UDC démontre une fois de plus son incapacité à avoir une quelconque vision, à force d’avoir le nez planté dans les bilans financiers. Aux yeux de ses membres, notre patrimoine se réduit à sa seule valeur marchande. Quitte par exemple à vendre un tableau lorsque la fortune de la collectivité diminue. L’absurdité à son comble, y compris en termes financiers (mais l’extrême droite n’en est pas à une contradiction près).

Le Musée d’histoire a non seulement sa place dans le paysage culturel chaux-de-fonnier, mais peut-être même une place particulière suite à l’inscription des deux villes du Haut au Patrimoine mondial. Sans notre riche histoire collective, l’UNESCO ne nous aurait jamais offert sa bénédiction. La ville de La Chaux-de-Fonds n’est pas belle en soit (hormis sans doute aux yeux de ceux qui y ont vécu trop longtemps) mais exceptionnelle si l’on mélange son urbanisme particulier et son histoire singulière.

Cette histoire mérite d’être mise en valeur autrement qu’elle ne l’est actuellement. Surtout, elle mérite d’être exposée dans un cadre muséographique, pas uniquement sous l’angle marketing de la halle aux enchères. Un musée n’est pas un ramassis d’objets hétéroclites sans lien entre eux. Un musée raconte une histoire, il met en scène les objets pour les faire parler, pour mettre en valeur et rendre accessible le savoir amassé par des générations de chercheurs et d’amoureux du patrimoine.

Dire qu’il suffit d’aller consulter les ouvrages disponibles à la bibliothèque de la ville tient de la bêtise ou, sans doute plus justement, de la mauvaise foi. Je me réjouis de voir des classes entières s’entasser dans la salle de lecture pour consulter un Raoul Cop !

Notre histoire a forgé notre identité individuelle et collective. Elle est vivante parce que nous continuons à l’écrire ; elle est vivante aussi parce que nous reconnaissons notre passé pour le perpétuer.

Notre histoire mérite un écrin à la hauteur de sa valeur, investir trois millions pour cela est justifié et indispensable. Maintenant.

La Chaux-de-Fonds à travers les écrits du New York Times



Pourquoi est-ce qu’au début du XXème siècle, un journal new-yorkais écrit des articles sur une région située à plus de 6200 kilomètres et qui n’a, en soit, rien en commun avec la grande pomme, sinon ses rues rectilignes? Aucune idée, mais les archives du New York Times, nouvellement mises à disposition du public recèlent quelques perles.

On y apprend par exemple que le 21 mai 1917, le « Conseiller national socialiste Paul Grabe » (sic, son véritable nom est Ernest-Paul Graber, il fût président du Conseil national entre 1929 et 1930) a été « libéré de prison par un groupe de sympathisants après avoir été inculpé pour diffamation pour un article paru dans son journal, La Sentinelle. » A la demande du « Conseil du centon (sic) de Neuchâtel« , la ville a été occupée par les troupes (infantrie et cavalerie) du général du district. Les « socialistes ont invité à manifester le dimanche après-midi, mais le calme est finalement revenu. »

Sous le titre « Victimes d’avion sont maintenant 200« , le 16 octobre 1912, le journal raconte la mort de deux personnes, messieurs Cobioni et Bippert, un journaliste, qui ont chuté avec leur avion d’une hauteur de 80 pieds (25 mètres). D’après les statistiques établies par le journal, dont l’article fait un décompte précis au cas par cas, ces deux morts supplémentaires portent à 200 le nombre de décès dus à l’aviation.

Le 27 septembre 1914, le New York Times relate une information lue dans un journal de la région expliquant que les clients allemands d’entreprises établies à la Chaux-de-Fonds ne peuvent plus payer leurs factures, parce que le fait d’envoyer de l’argent en dehors de l’Allemagne est contraire aux intérêts du pays. « Etant toutefois convaincu qu’il est dans l’intérêt des manufactures suisses que l’Allemagne triomphe« , les firmes allemandes ont acheté des bons de guerre allemand à 5%. Les firmes ont également affirmé qu’elles feront des affaires, après la guerre, « uniquement avec les manufactures qui acceptent cet arrangement. »

Le 19 septembre 1856, le journal new-yorkais rapporte l’insurrection royaliste dans le canton de Neuchâtel (l’affaire de Neuchâtel). « Aujourd’hui, vers 2 heures du matin, une insurrection a éclaté à Neuchâtel. Les montagnards (sic) du Val des Verrières ont surpris la ville et le château. Messieurs Piaget et Humbert, ainsi que d’autres officiels, sont leurs prisonniers. Il est dit que le mouvement royaliste est à la tête du mouvement. Les républicains de la Chaux-de-Fonds marchent en colonne pour délivrer leurs chefs et reconquérir la ville. Le Conseil fédéral a chargé le vice-président Fornerod et le colonel Frei-Heros(e) de se rendre sur les lieux et de rétablir l’autorité du gouvernement. Quatre bataillons et quelques pièces d’artillerie du camp d’Yuerdun (sic) sont mis à leur disposition. » Les émissaires bernois espèrent arriver avant que les troupes chaux-de-fonnières et les royalistes transforment la ville de Neuchâtel en champ de bataille! Plus loin, le journal indique que la ville et le château ont été repris par les montagnards républicains de Noufchatel (sic) « sans l’aide des forces fédérales ».

Et encore, rapidement, un faux cambriolage rocambolesque chez un joaillier de Williamsburg résolu grâce aux informations de Maurice Ditisheim et de son père, horloger chaux-de-fonnier (édition du 9 mai 1893).