La caisse unique, un remède de cheval

Le système actuel, formé de 87 caisses maladie privées encadrées par la LAMAL mais fonctionnant selon les principes de l’économie de marché, n’offre plus la transparence indispensable au fonctionnement démocratique d’une institution censée financer les soins de base de l’ensemble de la population. L’assurance de base doit être clairement séparée des assurances complémentaires pour éviter les conflits d’intérêt et freiner la compétition actuelle basée surtout – quoiqu’en disent les opposants – sur la chasse aux bons risques.

La concurrence actuelle entre les caisses, tant vantée par certains, pour assurer les soins de base est un leurre et n’apporte rien aux citoyens, sinon des tracas en fin d’année. Les changements de caisse occasionnent des frais dont les sommes non négligeables devraient servir à soigner plutôt qu’être dilapidées sous forme de coûts administratifs inutiles. Par ailleurs, les prestations étant réglées par la loi, l’idée qu’il existe une saine concurrence censée améliorer les prestations est une chimère.

La caisse maladie unique et sociale offrira à la population la transparence nécessaire en instaurant un conseil de surveillance tripartite, permettant aux assurés et aux prestataires de soins de conserver un droit de regard sur son fonctionnement. Surtout, cette structure créera un contrepoids essentiel à l’hégémonie actuelle des lobbies de la santé (assureurs, entreprises pharmaceutiques, etc.)

Son financement en fonction de la capacité économique en fera une véritable assurance sociale à l’instar de l’AVS, de l’AI ou de l’assurance-chômage. En cas d’acceptation, les parlementaires feront, je l’espère, tout pour que le financement respecte le texte de l’initiative et ne charge pas inutilement les bas revenus, la classe moyenne (même si c’est une des notion qu’il faudra un jour clarifier tellement tout le monde en a une vision différente) et les familles. Une solution « à l’Autrichienne » pourrait par exemple être envisagée en partageant les coûts entre employés et employeurs (surtout que – et c’est un peu une boutade – ces derniers ont avantage à avoir des employés en bonne santé.)

Dans le nouveau système, les prestations fournies pourront être choisies sans pression, par exemple en incluant les médecines alternatives, complémentaires à la médecine traditionnelle. En effet, dans le système actuel, les caisses maladie ont tout intérêt à voir disparaître des prestations de l’assurance de base parce qu’elles peuvent ainsi les ajouter aux prestations de l’assurance complémentaire qui sont beaucoup plus lucratives.

Les coûts administratifs pourront également être mieux contrôlés en simplifiant les démarches pour les assurés et les professionnels de la santé (qui actuellement galèrent pour se dépatouiller dans un système à 87 fonctionnements différents.) La caisse maladie unique et sociale ne sera pas le monstre administratif que nous promettent les opposants. Actuellement éclatée, son administration gagnera à être centralisée pour certaines tâches et partiellement décentralisée pour être plus proche des citoyens.

C’est décidé, je dirai OUI à la caisse maladie unique et sociale le 11 mars prochain. Et vous ?

Une année déjà

J’ai fêté mes 29 ans hier, mais surtout, ça fait une année que mon blog est ouvert. Mon premier article disait que j’ai ouvert un blog pour « publier [...] mes analyses ou mes pensées, au gré des jours et de l’humeur. » J’espère avoir réussi, sinon à vous intéresser, du moins à stimuler un débat. Sans entrer dans le détail, 57 billets ont été publiés (je rigole parfois en en relisant certains, tellement ils étaient mauvais ou naïfs), 52 commentaires ont été postés, ce qui montre que l’intéraction propre à un blog ne fonctionne pas encore véritablement sauf sur certains sujets, comme par exemple dans le cadre de la modifications des lois sur l’asile et les étrangers.

Dans un registre plus humoristique, c’est amusant parfois de faire le tour des mots-clés insérés dans Google qui amènent les gens ici. Petite liste : « Changer un fusible », « le locle vous emmerde », « partis verts partis politiques en voie de disparition » ou encore « définition du mot mitage ».

Même si certains annoncent la mort prochaine du phénomène des blogs, j’espère continuer à faire vivre ce site pendant un moment. Comme je le disais à un ami l’autre fois, pour tenter de faire passer ses idées, il faut d’une part qu’elles soient claires – et les mettre par écrit fait partie de l’exercice de clarification – et d’autre part de les confronter à une réalité qui n’est pas la mienne ou à un autre point de vue, ce qui est clairement le but d’un tel blog.

Merci encore à tous les lecteurs qui passent réguliérement ou occasionnellement sur ce blog, en espérant que la seconde année permettra de développer les intéractions.

PS : Il faudra aussi que je me sorte les pouces pour faire quelques adaptations techniques : les trackbacks et -l’affichage du site web des personnes qui laisse un commentaire ne fonctionnent toujours pas correctement- (c’est fait, 6 mars 2007).

PPS: Faudra aussi que je trouve le temps d’aller une fois à la république des blogs, demain je ne peux pas…

Le Conseil fédéral et l’énergie

Wow, c’est la première fois qu’on décide d’un véritable programme à appliquer dans les 20 prochaines années et permettant à la Suisse d’atteindre les objectifs de Kyoto d’abord et de continuer ensuite sur cette voie. Un premier regret tout de même, dommage que cette suite n’ait pas été chiffrée (on aurait pu dire par exemple que l’objectif c’est 20% de réduction des émissions de gaz à effet de serre en 2020 et 50% en 2040.) Inscrire ces objectifs dans la loi serait encore mieux !

Comment ? L’efficience d’abord. Comme le PDC, le Conseil fédéral propose d’interdire les appareils trop gourmands et de limiter les dispositifs de veille. Excellent, 5% de la consommation suisse économisée. Mieux encore, nos sept sages veulent imposer le standard Minergie, avec une économie programmée de 50% (tous types d’énergie confondus.) Ils veulent interdire les ampoules à incandescence (comme l’a décidé l’Australie par exemple) et donc obliger l’utilisation d’ampoules économiques. Pour finir, ils veulent réduire de 30% la consommation dans les transports (vont-ils signer l’initiative des Jeunes Verts ?)

Jusque là, le Conseil fédéral fait preuve de courage. Il obtient la mention bien, mais peut faire mieux ! Parce que même si ces propositions sont concrètes, elles ne le sont que sur le papier et dans la tête de certains. Gageons qu’un débat sur ces points ne va pas passer aussi simplement. Tout à droite on va nous dire que le réchauffement climatique est une lubie d’écolo, dans les rangs de la droite libérale qu’il faut penser à l’économie et à la place de la Suisse dans l’économie mondiale : « tant que les autres ne font rien, on ne peut pas prendre les devant, c’est dangereux pour la compétitivité de nos entreprises… » Et pourtant, le constat de départ le suivant : l’augmentation de la consommation énergétique est inéluctable, puisque les fournisseurs d’énergie et le Conseil fédéral parlent d’une seule voix. En 2020, nous consommerons par exemple 10% d’électricité supplémentaire.

Mais alors ? J’ai dû rater un épisode… La logique voudrait que quand on dessine l’avenir énergétique de ce pays, on définisse de nouveaux modèles de consommation, prenant en compte les économies, et qu’on s’abstienne de systématiquement reprendre ceux des fournisseurs d’électricité (qui extrapole bêtement les courbes de consommations des 20 dernières années.) Mais ce n’est pas la logique du Conseil fédéral car sa démarche est inverse. On part d’un constat : dans 2,3,5 peut-être 10 ans, si les modèles actuels sont corrects, la Suisse vivra une pénurie quels que soient les mesures qui seront prises pour réduire la consommation. CQFD nous ne pouvons nous passer de nouvelles centrales à gaz et nucléaires dans les 20 prochaines années. Pas une ou deux, mais entre quatre et cinq centrales à gaz et entre deux et trois centrales nucléaires « sur les sites existants » (c’est plus simple de convaincre les gens qui vivent depuis 30 ans sous une tour de refroidissement et dont l’économie locale est liée à la centrale.)

Est-ce que quelqu’un peut décemment m’expliquer ce tour de passe-passe ? Il faut des nouvelles centrales, soit. On saupoudre le tout de quelques mesures écologiques pour se donner bonne conscience, mesures qui de toute façon ne diminueront pas notre consommation globale (puisqu’elle risque plutôt d’augmenter.)

Alors autant se passer de ces mesures et aller intégralement acheter nos droits à polluer sur le marché du CO2. Le Conseil fédéral aurait alors au moins fait preuve d’honnêteté intellectuelle.

Mise à jour : Allez jeter un oeil sur le site de Sugus, vous y apprendrez comment Leuenberger raconte des âneries pour faire passer la pilule. Il a déclaré en effet que « si ces centrales [à gaz] ne sont pas construites en Suisse, elles pourraient l’être en France, en Italie ou en Allemagne voisine » (Le Temps du jour), en réalité, en lisant l’article de Sugus, on apprend que c’est de toute façon déjà le cas !