Flexibiliser plutôt que de baisser l’imposition, et autres recettes contre la crise

Une crise économique comme celle que nous vivons actuellement devrait être un moment idéal pour prendre du recul et se poser la question « Comment en est-on arrivé là? » et de façon corrolaire, « Comment réformer le système pour que ça n’arrive plus (ou disons, moins souvent)? » Au lieu de cela, en règle générale, on tente dans l’urgence de sauver les meubles en proposant des mesures bancales et dont on estime mal les effets à long terme.

Une première mesure du genre provient de la baisse de l’imposition. L’UDC en a déjà fait la proposition. Le rêve est toujours le même, la reprise économique serait liée à la « santé » (lisez « consommation ») des ménages. Et le meilleur levier pour tenter de faire consommer proviendrait d’une baisse des impôts. En soit, la proposition de diminuer de plus de 600 millions en 2010 la facture d’impôts pour les famille est louable. Malheureusement, elle affaiblit l’Etat sur le long terme, ce qui est pour le moins cocasse dans le nouveau rôle que lui donne la crise économique actuelle.

Rappelez-vous ces deux dernières années. Les dérégulations successives des marchés financiers depuis le début des années 1980 ont conduit à leur faillite. A force de laisser faire tout et n’importe quoi, le système s’est effondré sous le poids de sa complexité et de l’absence de garde-fous pour en contrôler le fonctionnement. La globalisation forcenée a répandu les problèmes d’un pays à l’ensemble de la planète. L’échec du néolibéralisme est pattant, la main invisble censée réguler le fonctionnement des marchés n’existe pas et rien n’y changera. C’est un constat d’échec absolu. Et, cerise sur le gâteau, lorsqu’il a fallu tenter de sauver le système, on a fait appel à l’Etat, celui même que les tenants du libéralisme sauvage tente de détruire depuis 30 ans. Comme dit l’adage, privatisons les profits et socialisons les pertes!

Une baisse d’impôts ne devrait donc pas affaiblir l’Etat. Parce qu’il est le seul à garantir le long terme. Mais surtout, car dans le système qui a été mis en place depuis 30 ans, une baisse d’impôts n’est jamais compensée, même à terme, simplement parce qu’il est souvent impossible, politiquement parlant, de ré-augmenter les impôts. De plus, ses effets ne sont pas immédiats et ne seront effectifs que dans 2 à 3 ans. Un siècle en matière de cycles économiques.

En matière d’imposition il est donc temps d’imaginer une solution flexible, capable de compenser (lisser) durablement les cycles conjoncturels. La fiscalité devrait pouvoir fluctuer autour d’une moyenne pour compenser à la fois les pertes, mais aussi les profits des institutions et des habitants. On pourrait imaginer des mécanismes quasiment automatiques pour baisser les impôts lorsque la population en ressent le besoin (typiquement en cas de mauvaise conjoncture), mais les augmenter de manière tout aussi automatique lorsque la conjoncture est haute. Une manière de préparer la prochaine crise. Une manière aussi de penser les budgets et les comptes de l’Etat sur le long terme plutôt que de manière annuelle, un exercice pour le moins compliqué quand on sait à quel point l’avenir est imprévisible.

On pourrait imaginer une flexibilisation horizontale pour ce qui est de la fluctuation de l’imposition autour d’une assiette plus ou moins fixe. Mais on pourrait également imaginer une flexibilisation verticale (ou sociale) qui modifie les taux d’imposition en fonction du revenu. En période creuse, on augmenterait donc typiquement les taux d’imposition pour ceux qui ont plus de moyens pour les diminuer pour ceux qui subissent le plus la crise, une manoeuvre qui peut être inversée en période de haute conjoncture.

Graphiquement, ça donne…


Finalement, encore quelques propositions sans plus d’explications…

* L’Etat veut investir plusieurs centaines de millions ? Pourquoi ne pas le faire dans le domaine de l’amélioration de l’efficacité énergétique ou dans la production d’énergie verte ? Une manière de faire d’une pierre, deux coups : améliorer notre économie tout en la rendant plus efficace, environnementalement parlant, mais également en la rendant moins dépendante de la conjoncture dans le futur?

* Réactiver d’une manière ou d’une autre les plans d’aides aux régions « défavorisées » (ex-Arrêté Bonni, ex-région LIM, NPR) pour aider de manière ciblée les régions qui en ont le plus besoin ?

Maurer au gouvernement : danger !

Une pétition circule à ce sujet, « signez-là ici »:http://www.PetitionOnline.com/ch01cbum/petition.html. Autres pétitions: « celle des Verts »:http://www.10decembre2008.ch et celle de « Ada Marra »:http://www.approche.ch/petition-cf du PS.

Une politique basée sur la peur n’est jamais un bonne politique. C’est pourtant le sentiment qui ménera dans quelques jours à l’élection d’Ueli Maurer au Conseil Fédéral. Le Parti Radical-Libéral (à moins que ce soit l’inverse), de même que le PDC, vont élire Maurer de peur de subir les foudres de l’UDC lors des prochaines élections au Conseil fédéral, simplement parce que Pascal Couchepin risque bien de quitter rapidement l’exécutif, et que l’un comme l’autre ont des vues sur ce siège. La politique du bâton et de la carotte menée par l’UDC fonctionne donc parfaitement.

S’il fallait revenir en arrière, on pourrait retourner un certain 10 décembre 2003, journée sombre où Christoph Blocher a été élu en lieu de place de Ruth Metzler. Ce jour là, la formule magique vole en éclat. Durant les quatre années où le tribun zürichois siège au gouvernement, c’est un autre élément traditionnel de la politique suisse qui va en prendre pour son grade : la collégialité et par là-même la concordance. « Andreas Gross »:http://www.andigross.ch/html/site749.htm décrit deux choses importantes, la concordance est philosophiquement la renonciation à « prétendre détenir la vérité de manière exclusive », et si elle suppose une représentation mathématique des forces en présence au Parlement, elle ne devrait inclure que les partis qui adhèrent à cette manière de voir notre gouvernement. Ce n’est pas le cas de l’UDC qui, par exemple, aimerait voir le peuple élire le Conseil Fédéral. Mais surtout, ce n’est pas le cas de l’UDC depuis que Blocher a été évincé du gouvernement et que le parti s’est autoproclamé « opposition ».

La volonté de l’extrême droite de retourner au gouvernement est sans doute un constat d’échec de cette politique d’opposition. Volontairement absente du Conseil Fédéral, l’UDC a perdu quasiment tous ses combats cette année. Et ses errements vis à vis des accords bilatéraux ne font que renforcer ce sentiment.
Mais depuis quelques semaines, le parti semble s’être recomposé autour de la possibilité de retourner au gouvernement. D’abord parce que « médiatiquement »:http://pikereplik.unblog.fr/2008/11/20/la-campagne-de-blocher-dans-le-matin/ et stratégiquement ils ont finement joué la partie en proposant à nouveau Christoph Blocher, . L’inacceptabilité de l’un rendrait-elle l’autre acceptable ? C’est le sentiment qui se dégage des débats. Et malheureusement, personne ne semble remettre en cause l’acceptabilité de Maurer. Moi si.

Ueli Maurer est un pur produit blochérien. En 1996, il devient président de l’UDC sous l’impulsion de Blocher lui-même. Au point d’ailleurs que certains médias vont s’acharner sur sa personne, le ridiculisant comme étant un simple pion servile. Mais sous sa présidence, l’UDC va opérer un fort virage à droite, doubler sa base militante et engranger victoire après victoire aux élections (pour ne pas citer son implantation en Suisse Romande). Au point de devenir en 2003 le parti le plus puissant de Suisse. Blocher ne semble pas l’avoir choisi au hasard, il n’est peut-être pas charismatique, mais travaille dur et a la fibre populiste. Il est contre l’intégration européenne, contre les étrangers. Son style n’est pas vraiment du genre « politiquement correct », par exemple pour avoir affirmé un jour que « tant que je parle de nègres, les caméras restent sur moi » (« Solange ich Neger sage, bleibt die Kamera bei mir. », « Basler Zeitung »:http://www.bernerzeitung.ch/schweiz/dossier/die-nachfolge-von-samuel-schmid/Maurer-Der-Scharfmacher-kann-durchaus-angenehm-sein/story/20106070). Ou pour avoir parler de la ville de Berne comme d’un bidonville parce qu’elle était gouvernée par la gauche. Quelle finesse… Et son flaire politique semble pour le moins efficace. Il quittera la présidence du parti au moment où celui-ci commence à se morceler.

Et une année après, il revient sur le devant de la scène comme seule candidat de l’UDC (Blocher n’est pas un candidat crédible après sa baffe de 2007). Est-il devenu fréquentable ? Le PS, le PRD et le PDC semble trouver que oui. L’accession de Maurer au Conseil Fédéral sera pour Christoph Blocher une vengeance personnelle, mais aussi un moyen de retourner discrètement hanter les séances du Conseil fédéral (s’il ne profite pas de la place laissée vacante par Maurer pour retourner au Parlement).

Maurer ne sera jamais qu’un pion dans le jeu de Blocher et c’est une raison suffisante pour ne pas l’élire le 10 décembre 2008. Et au-delà de la question du pouvoir, son style politique, ses idées et le comportement de son parti me font imaginer le retour de la politique du pire. L’UDC zurichoise n’a pas sa place au gouvernement si elle en accepte pas au moins les règles du jeux. En jouant les girouettes entre parti gouvernemental et parti d’opposition, en faisant preuve d’un autoritarisme au forts relents fascisants (éviction de la section grisonne, pression sur ses élus, etc.), l’UDC a montré qu’elle n’a pas sa place au gouvernement si elle ne propose pas des personnes capables de jouer le jeu.

Voir aussi l’excellent article sur le sujet dans « Domaine Public »:http://www.domainepublic.ch/files/articles/html/9993.shtml. Et « un autre ici »:http://www.domainepublic.ch/files/articles/html/9998.shtml ..