Mais ils sont oùùùùùù ?

Dans une prise de position datée du 20 juillet 2009, le Conseiller d’Etat en charge du Département de la gestion du territoire, Claude Nicati, écrivait sur son blog « Il appartient au gouvernement de respecter les lois de notre canton. Les décisions prises par l’ancien gouvernement ont force de loi et le nouveau Conseil d’Etat ne peut pas, simplement parce qu’il y a une nouvelle majorité de droite, jeter aux orties tout ce qui a été décidé auparavant. » Il poursuivait en affirmant que « le Conseil d’Etat doit se soumettre à la loi votée par le Grand Conseil. Ce sont les règles du jeu« . Sa conclusion est limpide « Le gouvernement et donc le Conseiller d’Etat en charge de ce dossier, ne pourront que soutenir la loi votée par le Grand Conseil en avril dernier. »

Depuis hier la stupeur est de mise dans les rangs des défenseurs de la loi sur l’énergie. Le Conseil d’Etat a en effet admis avoir changé d’avis et vouloir maintenant combattre cette loi. Dans le bulletin Vot’Info qui sera distribué à la population, le poids respectif des adversaires et des défenseurs de la loi s’en trouve chamboulé, puisque c’est au seul Grand Conseil – à l’époque largement divisé sur la question – de défendre son texte. L’obligation légale de fournir une information objective à la population n’est donc plus respectée.

Le Grand Conseil a tenté ce matin, à travers une recommandation, de forcer la main au Conseil d’Etat pour qu’il défende la loi. Acceptée par le Grand Conseil, nous espérons qu’elle fera revenir l’exécutif sur la position qu’il a toujours défendue.

Mais ils sont où ? Mais ils sont où ? Mais ils sont où nos conseillers… etc.

Au trou le commandant de corps!

Je m’en souviens encore comme si c’était hier. Après quatre mois pénibles d’école de recrue, j’ai décidé au début des années 2000 de rejoindre les rangs du service civil, histoire d’aider la société plutôt que de glander en treillis dans la campagne fribourgeoise. A l’époque, faire une demande pour être civiliste plutôt que soldat n’était pas si simple. Il fallait prouver une incompatibilité morale, religieuse ou autre avec l’armée. La première phase demandait à l’aspirant civiliste de rédiger une lettre de motivation et d’annoter son curriculum vitae pour y montrer qu’elles étaient les étapes de sa vie qui ont conduit à son incompatibilité avec l’armée. Ces documents envoyés à l’armée, l’aspirant était convoqué à Thoune pour un examen « approfondi » par une brochette de spécialistes, principalement des psychologues, qui, dans mon cas, ont statué positivement sur le cas « Fivaz ». Bref, les démarches n’étaient pas simples et l’heureux élu se retrouvait finalement à devoir faire une fois et demi la durée normale du service militaire.

Cette complexité a été levée il y a peu, le fait de passer une fois et demie plus de temps au service étant considéré comme une « preuve par l’acte ». Une victoire pour ceux qui pense que l’homme doit pouvoir choisir entre un service militaire traditionnel et un service civil plus orienté vers l’aide à la société.

Mais voilà, c’était à prévoir et c’est réjouissant, le nombre de demandes explose depuis lors. D’où ce matin la diatribe acide du Commandant de corps (vous savez, ces mecs avec pleins d’étoiles sur les épaules) Blattmann, le « chef » de l’armée : « l’armée perd beaucoup trop d’éléments dont elle aurait besoin » à cause du service civil. D’abord, j’ai envie de dire « de quoi je me mêle« , est-ce le rôle du chef de l’armée de défendre sa pitance contre l’avis du monde politique? Mais surtout, dire que le doublement du nombre de demandes (de 2000 environ dans l’ancien régime à plus de 4000 aujourd’hui) met quasiment en péril l’armée, c’est un peu exagéré. Surtout, dire que la preuve par l’acte est une injure aux soldats de milice, c’est indécent. 450 jours de service civil, ce n’est pas rien comparé au 300 du service militaire – qu’il est d’ailleurs possible de faire en une traite contrairement aux jours de service civil.

Alors, Commandant de corps Blattmann, je vous réponds. Ce qui est une injure, c’est justement de penser que la preuve par l’acte n’est pas sérieuse. C’est une injure pour tous ceux qui font l’effort d’aider la société plutôt que de se trouver un bobo quelconque pour ne pas aller mitrailler des sapins. Où je travaille, nous formons chaque année des civilistes qui apprennent sans doute plus ici que dans un bunker pourri.

Dire en plus que le but du service civil est d’occuper des gens en leur faisant faire des choses inutiles (ou qui peuvent être effectuées par des privés), c’est une honte – surtout que c’est traditionnellement le rôle qu’on donne à l’armée. Je suis dans le cas que vous citez, j’ai passé quelques mois au muséum d’histoire naturelle de Neuchâtel à « installer un musée » et je peux vous dire que fraichement sorti de mon Université, ça m’a fait du bien de faire de la peinture, d’imaginer un concept avec d’autres. Une école de la vie en quelque sorte. Une expérience que ne m’a en tout cas pas apporté l’armée, trop occupée à éviter que les recrues rentrent alcooliques et abruties de leurs longs mois de service.

Monsieur le commandant de corps, vous méritez de passer votre fin de semaine au trou et qu’on vous enlève vos permissions!

L’inamicale de Bologne-sur-mer…

En rentrant hier depuis la gare, j’ai été étonné de tomber sur au moins deux affiches ventant les mérites de la haute école spécialisée bernoise (HESB). Ces affiches interpellent par leur grossière inutilité. Pourquoi une haute école, subventionnée par les collectivités publiques, devrait-elle dépenser des dizaines de milliers de francs pour tenter d’attirer des étudiants qui pourraient faire plus ou moins les mêmes études dans notre canton et ainsi éviter l’hémorragie des centres de formation supérieure neuchâtelois ?

Ah mais j’oubliais, pour les hautes écoles, le nouveau concept mis en place par la Confédération est basé sur une des règles d’or des temps modernes : la compétition, en l’occurrence pour le nombre d’étudiants. Et tant pis si des dizaines de milliers de francs sont utilisés pour faire de la publicité plutôt que former les jeunes et leur offrir un avenir dans le contexte difficile de la crise économique que nous traversons…

On le sait depuis quelques temps déjà, l’avenir des HES neuchâteloises n’est pas rose. Un article de Daniel Droz dans la presse locale de hier tire la sonnette d’alarme « L’Arc jurassien pourrait y laisser plus que des plumes« . De relocalisation en concentration, le paysage des HES suisses s’est fortement modifié ces dernières années, sans que personne n’ait une véritable vision de leur avenir. Grossièrement, le processus choisi mise sur le darwinisme économique pour consolider le secteur. Et tant pis si les cantons comme le nôtre risquent d’y perdre « plus que des plumes« , la logique marchande est au moins sauve…

Ce qui est étonnant, c’est de lire en bas de l’article de Daniel Droz que les cantons de l’arc jurassien collaborent. C’est sans doute une nouvelle manière d’aborder la collaboration, celle de travailler main dans la main lorsqu’il s’agit de défendre ses propres intérêts contre ceux d’une entité supérieure, en l’occurrence la Confédération, mais de se tirer dans les jambes sitôt l’apéro terminé…

PS : J’ai envoyé un courriel aux services « marketing » de la haute école bernoise leur demandant l’objectif et le coût de cette campagne… Je vous tiens au courant!