Monsanto, les Etats-Unis et Wikileaks…

Au sein des fuites de Wikileaks, il y a quelques perles, comme ce message de l’ambassadeur parisien à sa maison mère à Washington. Le câble 07PARIS4723 parle d’OGM et des moyens à mettre en œuvre pour parvenir à les imposer en Europe. Il est daté du 14 décembre 2007 et est classé confidentiel. Il parle de retaliation, de représailles, qui permettraient de « faire comprendre que la voie actuelle [celle de la résistance aux OGM] a un coût réel pour les intérêts de l’Europe. » En clair, nous allons prendre des mesures pour que vous changiez d’avis. Cette demande de représailles aurait été formulée par les pro-biotech qui y voient « la seule manière de commencer de commencer (sic !) à changer les choses. » Voilà pour le résumé.

Même si les faits sont pour les plupart déjà connus, les mots utilisés par les ambassadeurs éclairent d’une manière intéressante le débat. Dans la suite du câble, on apprend diverses choses. D’abord que, ce n’est pas nouveau, les américains se sont visiblement plaints du manque « d’avance » dans ce dossier. Et on lit donc avec intérêt que « le gouvernement français et la commission [européenne] ont suggéré que leurs actions respectives ne doivent pas nous [les américains] alarmer. » A croire que le principe de précaution s’applique aussi en diplomatie et ceci malgré la haine que semble vouer l’ambassadeur à ce principe lorsqu’il est appliqué à l’alimentation : « Il est tout autant dommageable que le gouvernement français se soit apparemment réengagé en faveur du principe de précaution. Sarkozy a publiquement rejeté une recommandation de la commission Attali (avis sur la compétitivité de la France) demandant de se distancier de ce principe. » Merci Jacques… t’es le meilleur.

Le point 6 est gratiné au point où je vous le livre intégralement. « Le Country team Paris [une sorte d’extension de l’ambassade qui défend les intérêts américains à l’étranger, au niveau sécuritaire mais surtout économique] recommande que nous calibrions une liste de représailles qui causent certaines douleurs à travers l’Union Européenne, parce que la responsabilité est collective, mais qui se focalise en partie sur les pires coupables. La liste devrait être mesurée plutôt que vicieuse et doit être soutenable sur le long terme, parce qu’il ne faut pas s’attendre à crier victoire rapidement. » Le langage diplomatique est à la fois fleuri et guerrier et ne prend pas de pincettes pour dire les choses.

Tout ça donne à réfléchir sur le poids des multinationales dans la politique américaine (mais est-ce mieux chez nous ?) Et ce n’est pas fini. Un second câble (09MADRID482) est parti de Madrid en direction toujours du groupe Etats-Unis SA. Il date du 19 mai 2009 et commence plutôt bien : « les plantations espagnoles de blé MON810 [le premier OGM autorisé à l’échelle de l’Union, de Monsanto, et encore un des seuls] sont menacées ». Rien que ça, on dirait presque que c’est la sécurité nationale qui est en jeu… Justement, la suite est incroyable : « Monsanto pense que le mouvement anti-OGM a gagné en importance suite à une entente de fait entre le gouvernement français et Greenpeace/Les amis de la terre, le gouvernement acceptant de soutenir le mouvement anti-OGM en échange duquel [les organisations] ferme les yeux sur les initiatives de Sarkozy en matière d’énergie nucléaire. » Ambiance. Il y a tout à croire que cette entente n’ait jamais existé (Greenpeace dément). Ce qui est pourtant intéressant, c’est la manière dont Monsanto tente ici de discréditer tout le monde d’un coup. Pourquoi l’Espagne ? Parce que c’est le plus gros producteur de MON810 en Europe et que selon le directeur de Monsanto pour l’Espagne et le Portugal « si l’Espagne tombe, le reste de l’Europe va suivre » (et ça va faire mal au portemonnaie). Les arcanes du pouvoir sont passionnantes : un peu plus loin on peut lire que « le vote de l’Espagne [contre des sanctions à l’égard de l’Autriche et de la Hongrie concernant leurs moratoires nationaux sur les OGM] est un geste pour remercier le Président français Sarkozy d’avoir aider à arranger la présence de Zapatero au G-20 de novembre 2008 à Washington. » Merci Sarko ! Au vu de ce qui précède, le câble termine en beauté : « le secrétaire d’Etat [espagnol]  Josep Puxeu a contacté le chargé d’affaire [de l’ambassade] pour demander […] que le gouvernement américain maintienne la pression sur Bruxelles. » Que je comprenne jusqu’au bout. L’Espagne soutient donc les pays qui se prononcent largement en défaveur des OGM pour pouvoir accéder au G-20, mais demande par la bande aux Etats-Unis de faire pression sur Bruxelles à sa place. Ils n’auraient pas pu demander leurs invit’ au G-20 directement aux américains ?

Ce qui est intéressant, c’est finalement la manière dont Washington tente de faire passer les intérêts des entreprises américaines en Europe et ailleurs. L’Etat n’est finalement plus uniquement le garant des droits des citoyennes et citoyens. Il met tout en œuvre pour aider les entreprises privées nationales à étendre leur marché, quitte à employer des méthodes coercitives. Tout au long des deux câbles, on peut lire que la position des pro-OGM et des américains est une position scientifique (« science based »), qui ne souffre d’aucune contradiction (pourquoi refuser des semences Monsanto alors qu’elles sont équivalentes aux autres). Au final, c’est la population européenne, majoritairement opposée aux OGM, qui semble ne rien comprendre à la problématique et c’est la faute aux gouvernements si cette position perdure. Il ne reste donc que la violence (économique) pour aider les gens à changer leur position.

Mise à jour (22/12/2010) : Un câble est également parti du Vatican posant la question des OGM. Selon l’ambassadeur, si le « Conseil scientifique » du Vatican est plutôt favorable aux OGM, ce n’est pas le cas de la hiérarchie, en particulier au sein des Evêques partout dans le monde (L’Evêque d’Afrique du Sud Wilfrid Fox Napier a par exemple soutenu que  « Les africains n’ont pas besoin d’OGM, mais d’eau » ). Le câble termine sur une litanie de taille : « Le poste [l'ambassade] continuera à faire du lobbying auprès du Vatican pour défendre les OGM, avec l’espoir qu’une plus forte voix à Rome encouragera individuellement les chefs de l’église à reconsidérer leur point de vue critique [envers les OGM]. » Fidèles, vous êtes prévenus du contenu du prochain prêche…

Sources :

http://www.wikileaks.ch/cable/2007/12/07PARIS4723.html

http://www.wikileaks.ch/cable/2009/05/09MADRID482.html

http://www.wikileaks.ch/cable/2009/11/09VATICAN119.html

http://ogm.greenpeace.fr/wikileaks-les-ogm-au-menu-des-diplomates-americains-en-europe

OGM : risques pour la diversité naturelle et culturelle

Texte publié dans le dernier StopOGm Infos…

La biodiversité représente la variété de toutes les formes de vies, pas seulement les organismes vivants, mais également leurs gènes, leurs populations et les écosystèmes qu’elles forment. Entrée en vigueur le 29 décembre 1993, la Convention sur la diversité biologique (CDB ) comporte trois objectifs: conserver cette diversité, faire en sorte que ses composantes soient utilisées de manière durable et partager les avantages provenant des ressources génétiques de manière juste et équitable. La CDB ne se focalise donc pas uniquement sur la nature au sens sauvage, elle prend en compte le fait que les espèces, en particulier leur matériel génétique, fruit de plus de 3,5 milliards d’années d’évolution, recèlent un important potentiel en termes de produits utiles à l’homme (médicaments, alimentation, etc.)

Au niveau agricole, environ 7000 espèces de plantes sont cultivées sur terre, mais seule une trentaine fournit 90% de notre alimentation. Ce chiffre peut paraître insignifiant, il cache toutefois une toute autre réalité. De nos jours, ce sont plusieurs dizaines de milliers de variétés de ces 30 espèces qui sont chacune adaptées aux conditions climatiques locales, aux pratiques agriculturales et aux goûts des populations humaines (couleur, forme, structure, etc.) L’Université de Caroline du nord a par exemple recensé pas moins de 26 variétés de chou-fleur pour la seule Amérique du nord qui varient en forme, couleur, goût et sont adaptées aux divers climats du sous-continent.

Les OGM mettent-ils en danger la biodiversité naturelle et agricole ? Un premier problème réside dans l’homogénéisation des cultures liées à la mainmise que quelques grandes multinationales ont sur le marché mondial des semences. Les centaines d’années que les sélectionneurs ont mis à profit pour créer des variétés adaptées aux conditions locales risquent d’être perdues et avec elles le goût des aliments que nous connaissons et apprécions. L’autre problème réside dans la dispersion incontrôlée des gènes insérés et des plantes qui les portent pouvant contaminer les cultures conventionnelles des champs environnant. A l’image des organismes vivants exotiques qui envahissent les écosystèmes et mettent en danger la biodiversité, les gènes des OGM confèrent aux plantes des tolérances aux herbicides ou leur permettent de produire des toxines qui mettent en danger la flore et la faune locale.

La CBD a partiellement reconnu ces dangers en lançant le Protocole de Cartagena sur la prévention des risques biotechnologiques. Son préambule stipule que l’objectif est de « contribuer à assurer un degré adéquat de protection pour le transfert, la manipulation et l’utilisation sans danger des organismes vivants modifiés résultant de la biotechnologie moderne qui peuvent avoir des effets défavorables sur la conservation et l’utilisation durable de la diversité, compte tenu également des risques pour la santé humaine ». Beaucoup comptent aujourd’hui sur le protocole pour démontrer l’utilité des OGM et inverser la perception négative du public à leur égard, en faisant fi des résultats scientifiques qui démontrent le contraire.

C’est à cette tendance-là que StopOGM veut continuer à résister. L’année 2010 a été celle de la biodiversité, avec comme slogan officiel « la biodiversité c’est la vie, la biodiversité c’est notre vie ». Chacun de nous peut prolonger au-delà de cette année cet adage et œuvrer pour que la Suisse reste exempte d’OGM. Pour la diversité biologique, mais aussi pour la diversité culturelle à travers nos habitudes alimentaires et notre soutien à une agriculture durable de proximité.

BREAKING NEWS : le Cassis de Dijon ne s’applique pas au trafic aérien

Depuis 30 ans la droite nous bassine sur les bienfaits du libre-échange et sur le besoin de déréguler notre système économique pour permettre à la concurrence de fonctionner plein-gaz. EasyJet a été pionnière dans le domaine du low-cost, elle a jusqu’ici largement profité de l’absence totale de règles (hormis en termes de sécurité) au niveau du trafic aérien. La compagnie orange a bâti son modèle économique sur le cheap extrême (sauf au niveau des accessoires).

Il n’y pourtant pas besoin d’avoir fait HEC pour comprendre que lorsqu’on comprime les coûts pour baisser les prix, on touche forcément un jour ou l’autre à la qualité du service. Dans ce cas de figure, la cohérence du raisonnement néo-libéral devrait faire dire à la droite que chacun est libre de faire jouer la concurrence à travers son choix, et donc de prendre une autre compagnie aérienne du moment que la moins cher ne remplit plus les critères qualité minimaux qu’il s’est fixé.

Si la gauche venait avec la proposition de fixer des standards minimaux dans le domaine, la droite aurait crié à l’entrave à la liberté du commerce. Mais comme elle vient de Raphael Comte du PLR, tout le monde trouve tout à coup normal… La seule à être cohérente dans le domaine est Doris Leuthard. En substance, elle dit simplement que si vous n’êtes pas contents avec les services d’EasyJet, changez de compagnie (son seul défaut est d’avoir cité Swiss). Elle a bien raison, personne n’a déposé d’interpellation pour demander à Apple de corriger au plus vite le problème des antennes d’Iphone, que je sache. Surtout je ne vu personne du PLR se battre contre le principe du Cassis de Dijon sous prétexte que ça allait baisser la qualité des produits importés. J’aurais préféré…

Mais je devrais me taire. Je n’ai pas fait HEC, je n’ai jamais pris EasyJet et je ne comprends rien au système économique. Par contre, je ne signerai pas non plus l’initiative PLR demandant de simplifier notre système législatif et administratif. Parce qu’elle est incohérente avec ce que prône en réalité le parti.