«Je vais vous dire ce que les gens ne savent pas sur les TRN…»

… et les trolleybus. Dans l’interview donnée à l’Impartial (un peu grand face à la place laissée aux Verts pour s’exprimer), M. von Kaenel oublie un peu vite son rôle de directeur des TRN. Interview décalée.

A qui appartiennent les TRN ?
Les Transports Régionaux Neuchâtelois (TRN) sont une société anonyme appartenant aux collectivités publiques du canton de Neuchâtel à plus de 85% (selon un rapport au Conseil général chaux-de-fonnier datant de fin 2008, les chiffres de l’actionnariat ne sont en effet pas disponibles sur le site Internet des TRN, ni d’ailleurs dans leur rapport de gestion). La Ville de La Chaux-de-Fonds et le canton sont les plus grands actionnaires, pesant environ 75% à eux deux. Les TRN appartiennent donc aux citoyennes et citoyens neuchâtelois.

Comment sont financés les TRN ?
En 2009, les recettes des TRN étaient d’environ 37’500’000 francs, dont 23’700’000 francs des collectivités publiques (Confédération, canton et ville de La Chaux-de-Fonds) et 9’800’000 francs de revenus provenant de la vente de billets, abonnements, etc. Ce sont donc principalement les citoyennes et citoyens neuchâtelois qui financent les TRN à travers leurs impôts, de même que les usagers.

Dans ce cas, n’est-ce pas le rôle de la direction des TRN d’écouter les demandes de la population ?
Bien sûr, mais les TRN aiment rappeler qu’ils sont une société anonyme «indépendante». Lorsque le Conseil général chaux-de-fonnier demandait la possibilité de charger des vélos dans les bus (comme c’est le cas à Lausanne par exemple), les TRN ont toujours répondu NON, même si c’était une demande la majorité des élus. Même chose pour la possibilité d’utiliser les voies de bus comme pistes cyclables. La réponse a toujours été NON jusqu’à ce que le politique l’impose.

L’électricité vient de Mühleberg (BE) !
Et le pétrole de Libye… M. von Kaenel fait un raccourci inadmissible entre l’électricité des trolleybus et Fukushima. A croire qu’il a attendu la catastrophe pour annoncer le démantèlement du réseau de trolleys chaux-de-fonnier. Au niveau local, les nuisances des autobus sont incroyables. Même dotés de filtre à particules, les pétrobus sont aussi responsables des dépassements de norme au niveau des particules fines et de l’ozone. Des agents dont on sait qu’ils sont dangereux pour la santé, en particulier celle des plus fragiles (enfants, personnes âgées, personnes souffrant de troubles respiratoires, etc.) Sans parler du bruit. Les trolleybus, à l’inverse, ne produisent aucune particule et ne font presque aucun bruit.

Et les hybrides ?
C’est comme les voitures hybrides. Elles ne sont pas propres, juste moins sales.

Y’a-t-il d’autres facteurs ?
Oui, on peut comprendre que la population chaux-de-fonnière soit opposée à l’abandon des trolleybus pour des raisons moins techniques. C’est un peu comme si c’était le dernier rempart contre la perte du statut de ville. On a enlevé les trams, on enlève les trolleys. La ville de La Chaux-de-Fonds se provincialise de plus en plus. On perd nos écoles, nos infrastructures importantes, la suppression des trolleys en ajoute une couche.

Et c’est le rôle du politique de dépasser le cadre purement économico-technologiques ?
Oui, le rôle du politique, auquel doit être subordonnée la conduite d’une entreprise en mains publiques.

Les trolleys? C’est fini!

C’est n’importe quoi. L’information donnée par ArcInfo ce matin fait peur à lire : les TRN vont supprimer les trolleybus chaux-de-fonniers. Sans consultation. Comme ça, comme des grands. Et le Conseil communal ne semble pas s’en offusquer.

Et alors? me diront certains. Économiquement, les trolleys sont des aberrations. Ecologiquement, en ville, c’est plutôt l’inverse. Les trolleybus modernes sont effectivement chers à l’achat, mais ils durent plus longtemps. Et surtout, ils sont presque silencieux et ne dégagent pas un gramme de gaz à effet de serre (sur site, la provenance de l’électricité étant un autre problème). A La Chaux-de-Fonds, les trolleys sont surtout la trace d’un glorieux passé et, peut-être, d’un glorieux avenir.

Avant l’avènement de la bagnole, la ville était parcourue de nombreux trams, comme le montrent les images d’époque (en 1913, les trams chaux-de-fonniers transportaient 1 million de voyageurs chaque année). En 1950, les TC mettent fin à un demi siècle de mobilité durable. Dans le sillage de toutes les villes « modernes », les transports en commun doivent dorénavant laisser la place aux transports individuels motorisés, aux voitures. A cette époque apparaissent aussi les trolleybus.

Toutes les villes de Suisse reviennent aujourd’hui en arrière. Elles remettent en place des services de trams (comme à genève), de métro (comme à Lausanne) ou renforcent leurs infrastructures existantes. L’avenir est aux transports en commun, pas à des villes engorgées par le trafic individuel. Démanteler aujourd’hui les lignes de trolleybus de La Chaux-de-Fonds, c’est faire avec 50 ans de retard ce que toutes les autres villes regrettent aujourd’hui.

Ce que font les TRN, c’est parier sur un avenir pétrole et gaz. En 2011, c’est un pari d’imbéciles ou de fous, c’est un pari qui aurait pu être fait il y a 50 ans, mais pas aujourd’hui. Si dans 20 ans, l’électricité est plus intéressante, nous pourrons nous plaindre d’avoir démanteler nos lignes, comme Genève regrette aujourd’hui d’avoir démantelé son réseau de trams dans les années 50.

Les TRN doivent reconsidérer leur décision. Point.