Le TGV via Neuchâtel est-il mort?

Dans le Temps du jour, j’ai pu lire avec plaisir que la société Lyria (qui gère les TGV entre la Suisse et la France) allait investir plus de 100 millions de francs ces prochaines années pour améliorer le confort des voyageurs, les temps de parcours et les cadences.

Malheureusement, en lisant entre les lignes, on peut aussi lire que la ligne entre Berne et Paris via Neuchâtel n’a plus aucun avenir. Elle n’est pas citée dans les dessertes actuelles et surtout, elle n’est pas citée dans les projets futurs. A l’heure actuelle, un TGV entre Berne et Paris via Neuchâtel met 4h32. Dans l’article du Temps, il est expliqué que le trajet entre Berne et Paris sera ramené à quatre heures via Bâle.

Difficile de ne pas lire dans ces informations un possible abandon à court terme de la ligne via Neuchâtel. Je demanderai donc l’avis du Conseil d’Etat lors de la prochaine session du Grand Conseil qui débute mardi. J’espère avoir tort…

La dictature très peu éclairée du PLR doit cesser au plus vite !

Discours prononcé à l’AG des Verts du mercredi 8 septembre 2010, à l’occasion de la désignation du candidat à l’élection complémentaire au Conseil d’Etat du 31 octobre.

Une année et demie de gamineries

Si vous vous souvenez, lors des dernières élections cantonales il y a à peine une année et demie, le slogan du PLR était « Ensemble, changeons ! » Il a fallu moins de 3 mois à la majorité de droite du Conseil d’Etat pour montrer ce qu’elle entendait par « ensemble » : dissensions, engueulades, coups bas, fuites et j’en passe. Le Grand Conseil a alors demandé une première fois au gouvernement de s’entendre. Raté. Six mois plus tard, c’est la question hospitalière qui va poser problème. Entre copinage et luttes d’influence, les magistrats PLR vont pour la première fois s’entendre pour… faire taire leur collègue socialiste, et tant pis si ces gamineries retardent les réformes indispensables du milieu hospitalier. Et tout ça tombe quelques semaines après une conférence de presse PLR d’anthologie intitulée « sortir du bac à sable ». Les bons conseils sont toujours pour les autres… L’affaire Hainard n’a rien arrangé. En mai, le Grand Conseil a même eu droit à une scène, encore d’anthologie, avec un Conseil d’Etat qui s’étripe en direct. Bonjour l’ambiance ! La dictature très peu éclairée du PLR doit donc cesser au plus vite. Elle a bloqué le fonctionnement du gouvernement et fait perdre à la population la confiance déjà maigre qu’elle a dans ses institutions.

Et le Grand Conseil dans tout ça ?

Pendant ce temps, dans les travées du Grand Conseil, tout ne fonctionne pas parfaitement non plus. La majorité de gauche à laquelle nous appartenons peine à parler d’une seule voix, en particulier sur les dossiers importants. Je ne vais pas me lancer dans un trop long exercice d’autocritique, mais c’est une pierre dans notre jardin aussi. Les Verts ont endossé un rôle d’opposition dans une situation où nous aurions pu et dû faire front avec le reste de la gauche pour contrer le gouvernement de droite. Dans cette situation, nous avons poussé le PS dans les bras du PLR. Et si certain qualifie la situation de « consensus neuchâtelois », personnellement je penche plutôt pour « consensus mou » !

Et maintenant ?

Avec la démission de Frédéric Hainard, les Verts et la gauche ont enfin la chance de récupérer le siège perdu il y a une année et demie. Nous sommes légitimés à le faire en tant que troisième parti représenté au Grand Conseil. Mais surtout, nous en avons la responsabilité. L’expérience de la majorité absolue d’un seul parti au Conseil d’Etat alors que son poids atteint à peine 30% de l’électorat n’est pas tenable. Ni le PLR, ni les socialistes n’ont aujourd’hui la légitimité de gouverner seuls ce canton. C’est dans la diversité que les réformes pourront être acceptées par les citoyennes et citoyens. Et je ne parle pas ici des réformes à la petite semaine de certains de nos ministres actuels, je parle des grands chantiers : le système hospitalier, la fiscalité des personnes physiques, l’accueil des enfants, la cohésion cantonale, les problèmes économiques, chômage, aide sociale, les transports, l’autonomie énergétique, le maintien de nos Hautes Ecoles et j’en passe.

Il est temps que les Verts prennent leurs responsabilités et tentent de ramener la sérénité au sein du Conseil d’Etat. Pour y parvenir, le comité cantonal vous propose ce soir un candidat qui a l’expérience, l’envergure et la volonté de travailler pour le bien des neuchâteloises et neuchâtelois… Patrick Erard !

Lettre à un industriel de la région sur la fiscalité

Les députés des Montagnes neuchâteloises ont reçu il y a quelques jours une lettre d’un industriel de la région (dont je tairai le nom) leur demandant de donner suite au projet du Conseil d’Etat sur la fiscalité des entreprises. Les arguments sont ceux d’un industriel, que je respecte par ailleurs pour les emplois qu’il offre et le travail qu’il fait, mais je ne peux m’empêcher de ne pas y souscrire et d’y répondre.

Cher Monsieur,

Je vous remercie pour votre courrier. Le travail que vous faites, et à travers lui les emplois que vous créez, sont d’une importance capitale pour les Montagnes neuchâteloises et l’ensemble du canton. Je peux souscrire à vos arguments dans une certaine mesure, mais j’aimerais évoquer quelques points, qui j’espère, vous feront réfléchir.

Le canton de Neuchâtel a utilisé depuis la crise horlogère des années 70 les allégements fiscaux (partiels ou totaux) comme instrument majeur de sa politique de promotion économique. Il a sans aucun doute été le canton de Suisse qui en a fait l’usage le plus étendu, au point qu’en 2010, une part importante de la masse imposable n’est tout simplement pas taxée (environ la moitié des 2 milliards de bénéfices que génèrent les entreprises de la région). Cette situation n’est plus tenable à l’intérieur du canton pour des raisons d’équité (seuls les entreprises des districts des Montagnes et du Val-de-Travers peuvent bénéficier d’allégements) et parce que ceci péjore notre situation par rapport à la péréquation fédérale (RPT). A l’extérieur du canton, cette situation n’est plus tenable non plus, en particulier vis-à-vis des autres cantons et de l’Union Européenne.

Il est donc grand temps de mettre un terme au régime des allégements fiscaux pratiqué dans notre canton. Mais doit-on pour autant en profiter pour baisser l’imposition des personnes morales au niveau proposé par le Conseil d’Etat ? Si je peux comprendre la position d’un industriel sur ce point, j’aimerais toutefois ajouter quelques éléments qui me semblent importants.

Les entreprises comme la vôtre ne sont pas uniquement en terre neuchâteloise parce que la fiscalité y est (ou sera) attractive. Elles y sont parce que son tissu industriel, son histoire, les compétences de ses habitants et ses infrastructures sont intéressants. Or, les deux derniers points, les compétences et les infrastructures, demandent à l’État des moyens financiers pour être développés ou du moins pérennisés. La dette de l’État de Neuchâtel atteint environ 1.4 milliard. Lorsqu’il s’agira d’adopter le nouveau modèle comptable harmonisé (MCH2) à l’horizon 2015, celle-ci pourrait dépasser les 2 milliards. Avec une dette équivalente ou supérieure aux charges d’un exercice budgétaire, certaines institutions de prêt, institutionnelles ou non, pourraient être tentées de ne plus accorder leurs largesses au canton de Neuchâtel. Dans ces conditions, le financement des tâches essentielles dans les domaines de la formation, du social ou les investissements dans des infrastructures vitales comme le Transrun ne pourraient plus être assurés.

Que fera une industrie comme la vôtre lorsque le canton aura perdu la capacité d’innovation que lui apporte le savoir-faire de ses habitants et de ses entreprises, parce qu’il n’aura pas investi suffisamment dans la formation ? Que fera-t-elle lorsque les infrastructures se seront dégradées ou seront devenues obsolètes ?

Ces considérations me feront accepter la suppression des allègements fiscaux, mais me feront refuser de descendre le taux d’imposition au niveau que propose le Conseil d’Etat. Un taux progressif (pour des raisons d’équité), allant par exemple de 5% à 8% (proposition de notre groupe) ne permettrait certes pas au canton d’être meilleur de classe en Suisse, mais lui donnerait les moyens d’investir à l’avenir dans ses infrastructures comme dans son capital humain. Cette vision est à mon avis simplement plus durable que la fuite en avant que propose actuellement le Conseil d’Etat.

Sur la question des personnes physiques, j’aimerais encore ajouter que je préférerais largement que le Conseil d’Etat reprenne la question de manière globale, en s’attaquant tout particulièrement à la question de la classe moyenne.

En espérant avoir retenu votre attention, je vous prie d’agréer, Monsieur, mes salutations distinguées et vous souhaite une bonne continuation dans vos activités.